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NB: le texte ci-après pouvant être mis à jour, merci de vous
reporter à la version publiée en ligne: http://bigbrotherawards.eu.org/Fichiers-policiers-jurisprudence-Rebelle.html Fichiers policiers : « jurisprudence Rebelle » pour tous les citoyens !
Privacy International France. 27.02.2007 — C’est avec beaucoup
d’attention que le comité français des Big Brother Awards a suivi les
péripéties du fichier tenu aux Renseignements généraux sur la personne
du conseiller spécial de Ségolène Royal, Bruno Rebelle. Cela
pourra-t-il servir de détonateur pour qu’enfin l’existence même de ces
fichiers ainsi que leur gestion anarchique puissent être remises en
question ?
L’ancien directeur de Greenpeace France Bruno Rebelle, qui a quitté l’ONG il y a pourtant déjà 3 ans, a eu l’honneur de voir son dossier des RG "réactualisé" en janvier 2007. Suite, semble-t-il, à son enrôlement dans l’état-major de campagne de la candidate du Parti socialiste aux élections présidentielles. C’est aussi avec une certaine admiration que nous avons appris le traitement de faveur qu’a pu obtenir Bruno Rebelle dans cette affaire. La presse est unanime : le citoyen Rebelle a pu consulter son dossier des RG en seulement trois jours. Contre en moyenne un an, voire bien plus, pour le citoyen lambda. Cela s’est passé via l’entremise de la CNIL, comme le prévoit la loi. Le président de la CNIL, Alex Türk, a bien tenté de justifier ce cas d’exception mais insiste surtout sur la lenteur et la complexité du droit d’accès pour le citoyen lambda :
Délais d’attente : un décret fort opportunLes BBA étant par définition là pour surveiller ceux qui surveillent, la question des fichiers policiers — de leur existence jusqu’à leur finalité — n’a cessé d’animer nos actions. Nous avons notamment alerté l’opinion sur les multiples travers du toilettage de la Loi Informatique et libertés, en 2004, qui avait abouti, entre autres, à sortir les « fichiers de souveraineté » (intéressant la sûreté de l’Etat, la défense nationale et la sécurité publique) du véto de la CNIL. Ce qui aboutit à la situation ubuesque actuelle : la commission est toujours compétente pour juger de la pertinence de tel ou tel fichage administratif des citoyens, mais son avis, même s’il peut être publié, peut tout à fait être ignoré par le gouvernement : il n’a plus à être « jugé conforme » par le Conseil d’État. Elle doit donc en outre toujours assurer la mission ingrate d’entremetteur entre l’État et le citoyen dans « l’accès indirect » de ses données figurant dans les fichiers policiers. Mais le fichier des RG est sans doute l’arbuste qui cache la forêt. Les fameux fichiers Stic et Judex ont un pouvoir de nuisance bien plus insidieux. Comme le travail de vérification de la CNIL, si minime soit-il, a pu le montrer ces dernières années : parmi les fiches qu’elles a été amené à vérifier, entre 25% et 40% contenaient des erreurs ou des approximations, et devaient donc être mises à jour. On imagine les dégâts sur un fichier impliquant des millions de personnes. Même s’il serait légitime que la "jurisprudence Rebelle" s’applique à tous les citoyens — « obtenez votre fiche RG en 3 jours chrono ! » — nous n’en prenons évidemment pas le chemin. En effet, un projet de décret du ministère de la Justice — le Garde des Sceaux Pascal Clément a remporté la distinction suprême lors de la dernière édition des Big Brother Awards — va exactement dans le sens contraire. [2] Ce texte, censé être publié très prochainement (début mars), prévoit d’allonger la durée légale au bout de laquelle une demande d’accès aux fichiers de souveraineté (Stic et Judex en tête) doit être satisfaite. Ce délai est aujourd’hui de 4 mois, il passerai à maximum 7 mois grâce à ce décret (articles 7 et 8). Il y aurait actuellement une liste d’attente de 2000 demandes sur les bureaux de la CNIL, certaines datant déjà d’il y a plusieurs années. Selon nos informations, dans sa délibération du 28 septembre 2007 (non encore publié) qu’elle a rendu sur ce projet de décret, la Commission a proposé tout simplement de supprimer ces deux articles, sans succès. Au passage, ce décret prévoit aussi d’imposer une date butoir à la CNIL lorsqu’elle doit rendre un avis concernant tout fichier émanant des pouvoirs publics (pas seulement les fichiers d’ordre policier). La loi est aujourd’hui silencieuse sur ce point, mais avec ce texte il faudra rendre un avis dans un délai compris entre 1 et 3 mois (entre 3 et 1 mois, selon la complexité ou l’urgence). Passé ce délais, l’avis sera « réputé favorable » selon le décret en préparation. La CNIL a bien tenté de s’opposer à ce principe juridique fort contestable. Touchant « les libertés individuelles, un décret ne peut prévoir un tel régime de décision favorable implicite ». Autrement dit : ce n’est pas au gouvernement, mais au législateur de trancher cette question ! Là encore, le projet de décret ne tient aucun compte de cette remarque... Le Médiateur s’en mêleCette politique de fichage de masse, et les multiples déséquilibres démocratiques que leur gestion quotidienne entraîne, commence pourtant à être ouvertement critiquée par des organes officiels de la République, pouvant difficilement être taxés d’irresponsables "droit de l’hommistes". Citons d’abord le dernier rapport du Médiateur de la République, dirigé par l’ex-député et ancien numéro un du RPR Jean-Pierre Delevoye. Extraits du chapitre intitulé "Stic et Judex, fichiers jumeaux qu’il convient d’améliorer" (pages 65-66 du rapport 2006 :
Quant à améliorer la mise à jour des fiches erronées ou trompeuses, dans ses propositions le Médiateur avance l’idée saugrenue d’appliquer... une circulaire de 2001 !
Le Médiateur souligne aussi qu’en cas de relaxe ou de non-lieu « favorable à la personne mise en cause, le procureur de la République dispose d’un pouvoir d’appréciation pour ordonner l’effacement des informations contenues dans ces fichiers ». Tiens donc, la loi ne prévoit aucun droit de recours face à un procureur qui refuserait l’effacement... Le Médiateur propose donc de l’instaurer. Et soutient aussi la nécessité, « pour améliorer la réinsertion des personnes ayant fait l’objet d’une inscription (...), de créer un recours permettant d’obtenir une dispense d’inscription de certaines condamnations dans les fichiers STIC et JUDEX, à l’instar de ce qui est prévu (...) pour le casier judiciaire. » [3] Rapport Bauer : accablant et instructifLe Médiateur a participé à un autre travail de réflexion sur cette question. Il s’agit du travail confié par le ministère de l’Intérieur à l’Observatoire national de la délinquance (OND), dirigé par l’expert et consultant Alain Bauer, lui aussi distingué en son temps par notre modeste organisation. Rapport publié en novembre 2006 [4]. Soucieux d’apparaitre concerné sur cette question, Nicolas Sarkozy a donc constitué l’été dernier un groupe de travail autour d’Alain Bauer, réunissant les responsables des administrations concernées, la CNIL et quelques autres. Mais pas la LDH, qui n’a pu obtenir — « par une maladresse du secrétariat » — qu’Alain Weber y représente Henry Leclerc (pressenti officiel). Dommage ! Sa mission fut restreinte puisque le ministre ne lui demande que de viser « à l’amélioration du contrôle et de l’organisation des fichiers de police et de gendarmerie afin d’éviter le maintien d’informations erronées ou dépassées ». Le rapport a le mérite de passer en revue les principaux instruments de fichage informatique des citoyens. Parmi les fichiers considérés comme "policiers" au sens strict, voilà le palmarès recensé par la mission Bauer : – le système de traitement des infractions constatées (STIC) – le fichier des véhicules volés (FVV) – le fichier des personnes recherchées (FPR) – le fichier des renseignements généraux (FRG) – le fichier national transfrontières (FNT) – le fichier des brigades spécialisées (FBS) – le fichier informatisé du terrorisme (FIT) – le fichier national du faux monnayage (FNFM) – le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) Un photo pas très nette. Manque à l’appel d’autres
applications qui relèvent de la défense nationale ou de la justice.
Passons. Dans le cas de la gendarmerie, outre Judex le rapport Bauer
met notamment en lumière de vieux fichiers clandestins pas très
reluisants : Rappelons que le Stic a été officiellement créé par décret en juillet 2001 — après cinq ou six ans de clandestinité. Et que Judex existe légalement depuis seulement novembre dernier, au moment de la publication du rapport Bauer. Comble de l’hypocrisie : la loi informatique et libertés autorise les fichiers de sûreté non déclarés à rester dans l’illégalité jusqu’en octobre 2010. [5] Ce rapport s’achève sur une liste de propositions qui pourrait laisser optimiste quant au contrôle futurs des fichiers. Mais, sans vouloir jouer les Cassandre, parions, qu’elles ne seront vraisemblablement que très peu suivies d’effets. Arrêtons-nous sur quelques unes de ces propositions qui méritent un commentaire de notre part :
Malgré ces tristes constats, nous encourageons toujours
les citoyens à exercer leur droit d’accès aux fichiers policiers. Pour
cela, au risque d’encombrer encore un peu plus des bureaux de la Cnil,
des formulaires et des marches à suivre sont à votre disposition sur le
site Renseignementsgeneraux.net
— ce site étant une initiative citoyenne non affiliée au ministère de
l’Intérieur. Cordialement, |
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